Voici ma 1ère nouvelle, écrite le 19/04/2009, intitulé : Il est là
Bonne lecture, soyez indugent et n’hésitez pas à laisser un commentaire.
Il est là, las, allongé sur le dos, étendu sur toute sa longueur, contemplant le ciel de sa chambre parsemé de petites imperfections presque imperceptibles.
Qui est t’il ? Un homme ordinaire. Que fait-il ? Il n’a plus rien à faire. Quel est son but ? Il se le demande encore.
Quel est le but de l’homme, en tant qu’individus et en tant qu’espèce vivante à part entière ? Ces questions ne lui effleura pas l’esprit, en tout cas pas de suite. Il n’était pas le genre à se soucier de métaphysique, mais allait bientôt devoir y réfléchir. Il eu pourtant l’occasion de traiter de ces thématiques quand il fut jeune. Mais rien ou presque ne l’incita à aller plus loin que Platon ou Nietzsche.
Sa vie était déjà toute tracée dans l’usine du quartier, fleuron de la région, fierté de ses employés, cadres et ouvriers. A l’époque, son père avait fait toute sa carrière à l’intérieur, commençant comme simple balayeur, terminant comme chef de ligne de production. Il était un modèle à suivre pour chacun de ses collègues ainsi que leurs enfants. Mais plus que cela, il était également un exemple pour son propre fils. Et tous rêvaient d’un avenir meilleur.
Pourtant son père tenta tant bien que mal à le pousser plus loin dans les études, mais la réalité économique faisant qu’il dut prendre plus tôt sa retraite, poussant ainsi son fils sur les chaines de production avant d’avoir pu envisager de faire ce qu’il fallait pour devenir médecin ou avocat. Il fallait bien gagner de quoi nourrir la famille. Et puis rare sont les filles et fils d’ouvrier à être monté très haut dans les études, ne serait-ce qu’a cause du coût de ces derniers. C’était ainsi, c’était le destin.
L’usine, plus qu’un travail, c’était un lieu de vie, un lieu de rencontre, un lieu de fraternité. Le parcours de son père avait donné l’idée aux patrons de mettre en place un processus d’évolution tant au niveau du salaire qu’au niveau des postes à pourvoir au sein de l’entreprise. Ainsi chaque personne qui rentrait avait l’espoir d’évoluer, apprendre et mieux gagner sa vie, l’incitant à s’investir et à donner le meilleur de lui-même. Un partenariat gagnant-gagnant, comme le disait le responsable des ressources humaine. Ainsi l’usine était devenu plus qu’un lieu de vie, c’était également un lieu d’avenir.
Ainsi il put vivre décemment ainsi que toute sa famille. Quand son père mourra d’une maladie encore inconnu jusque là, il put prendre femme et avoir un enfant, et tous ensembles vivaient sous le même toit que son père avait construit lui même après la guerre. Son salaire augmenta et, grâce à un crédit, il pu s’offrir une petite voiture afin d’amener son fils en week-end à la plage. Les choses s’amélioraient, ainsi il pu refaire des travaux pour offrir à sa femme une cuisine digne de ce nom. Il s’endetta, certes, mais il avait de quoi rembourser et cela valait la peine selon la banquière et selon ses collègues qui faisaient tous pareil. Il put même offrir une chaise roulante à sa mère pour ses vieux jours.
Personne ne se souciait vraiment du monde, du pays ou même des autres cantons de la région. Ils avaient tout à porté de main, que ce soit les commerces, les services administratifs et même la fête foraine qui venait là tous les ans à la Saint Michel. Ils pouvaient lire chacun la presse nationale, mais ils préféraient tous les brèves de comptoir au bar du coin, ou ils pouvaient trouver les anciens parlant de l’ancien temps. Les seuls contacts régulier avec l’extérieur étaient encore le journal télévisé de 20h00, qui racontaient toujours tout un tas de catastrophe, certaines choquantes, certaines émouvantes, mais toutes vite oubliées quand il fallait reprendre du service. Quand aux vacances à la plage, ce n’était pas là que les tracas du monde venaient se déverser. Bref, tous cela ne les concernaient en rien, et la vie suivait son cours.
Ces dernières années, l’usine changeât trois fois de patron et deux fois de noms. Les syndicats faisaient en sorte que tout se passa dans les meilleures conditions selon eux. Cela ne l’inquiétait pas trop au début. Les délégués parlaient de « fond de pension américains », puis d’investisseurs indiens, et qu’ils mettaient systématiquement à la tête un patron, une marionnette digne de confiance, mais piochant dans la caisse. Mais cela se passait bien au dessus de lui, et quoi qu’il y pensa il ne pouvait rien y faire : le principal était de continuer à travailler, à vivre et à faire vivre sa famille. C’était son but, c’était également celui de son père et il avait rempli fièrement sa mission. Il s’en sentait donc capable. Mais lorsque les chaines de productions eues ralentis, lorsque ses collègues commençaient à partir de l’usine, de la région, de sa vie, il se mit enfin à y réfléchir.
Cette année là fut la pire de toute. Sa mère mourut durant la nuit de la Saint Jean. Il hérita ainsi de la maison. Elle fut construite par son père, et il l’avait mis au nom de sa mère, de telle sorte qu’elle n’eu rien à payer à sa mort. Et il se rendit compte, trop tard, qu’il devait payer la succession pour garder cette maison. Mais l’argent qu’il avait investi pour la rénover donna à la demeure une valeur considérable et insoupçonnée. Ainsi les notaires puis huissiers ne lui demandait pas moins de trois années de salaire afin de pouvoir conserver cette maison où il a passé sa vie. Il allât donc à la banque qui lui refusa le financement, car il avait déjà trop de crédit en cours. Cette même année, l’usine fermi ses portes : pas assez rentable selon les journaux. Il y avait eu pourtant des protestations et des manifestations. Il hésitait à y participer, mais pouvait t’il vraiment changer les choses ? Ils n’avaient pas réussi eux-mêmes, malgré leur nombre, malgré les articles dans les journaux. Le monde avait changé, le monde était devenu fou, et le monde fini par les toucher violemment. Non, il n’aurait rien pu changer à tout cela. Avec la fermeture de l’usine, sa maison avait ainsi perdu de sa valeur et devenait invendable …
Et le voila là, las, entendant les huissiers frapper à sa porte. Que peut-il faire ? Sa femme et son fils sont parti chez sa mère afin qu’ils puissent avoir une chance dans ce monde qu’il sentait ne plus être le sien.
Quel est le but de l’homme et de l’humanité ? Vivre. Il décida à l’instant de prendre un autre chemin.
Par FX FAIDY, le 19 avril 2009
QUE FAIRE MAINTENANT ?